Présentation

Ciné-spectacle sur le film éponyme de Dario Argento (1975)

C’est à l’invitation du festival « Dolce cinema » consacré au cinéma italien, que l’orchestre créée ce nouveau projet dont la première eut lieu en novembre 2007, à Grenoble, en ouverture du festival.

Plutôt méconnu en France, ce film est le summum du giallo, un genre policier où, généralement, un tueur masqué et ganté de cuir tue de jeunes femmes virginales et dénudées, le succès du genre tenant lui-même beaucoup aux premières réalisations d’Argento : L’oiseau aux plumes de cristal (1970), Le chat à neuf queues (1971) et Quatre mouches de velours gris (1971).

Avec Profondo Rosso, le réalisateur allie les codes du style et une virtuosité formelle qui le rapprochent du meilleur cinéma italien contemporain. Plaçant la citation (voire l’auto-citation, dans ses oeuvres plus récentes) au rang de processus créatif, Argento truffe son film de références cinématographiques et picturales (du Blow up d’Antonioni, avec lequel il partage l’acteur principal, David Hemmings, aux films d’Hitchcock : Les oiseaux, Une femme disparaît… en passant par les peintures de Hopper, De Chirico ou Munch...).

Profondo Rosso : notes pour un ciné-spectacle, Disque/Livre paru en 2013

NB : le film fut interdit aux moins de 16 ans à sa sortie !

Profondo rosso, « un ciné-spectacle »

Allégeant le film de l’essentiel de sa partie sonore, l’orchestre s’en saisit comme s’il était muet, s’amusant aussi à l’occasion avec les références et les citations (musiques connotées, film de genre…).

Le spectacle établit ses histoires parallèles, surtextes venant alternativement altérer ou commenter le récit ... La musique originale de l’orchestre est ainsi complétée par les envolées d’un comédien, dites, jouées, narrées à la manière des benghi japonais au temps du muet quand, en contrepoint, une danseuse sublime gestes et mimiques des protagonistes du film par l’abstraction chorégraphique.

Ces interventions visent à créer une résonance entre la terreur et l’angoisse présentes dans le film, et la société italienne des années 70, soumise à une vague de violence sans précédent (les dites « années de plomb »), violence sociale et politique qui habite inconsciemment le film.

Pour restituer ce contexte nous avons choisi des textes de Pasolini, écrits dans les dernières années de sa vie. Retrouvé mort une nuit de novembre 1975, Pier Paolo Pasolini, intellectuel résolument engagé mais aussi observateur passionné de l’Italie et des Italiens, fut le témoin privilégié, d’une étonnante clairvoyance, de cette période. Sa colère, son désespoir face à l’Italie de ces années de charnière historique, font puissamment écho à la colère désemparée du héros de Profondo Rosso, à la recherche obsessionnelle d’une vérité qui se dérobe littéralement à ses yeux.

La danse, quant à elle, tend plutôt à exploiter les peurs du film dans leurs aspects psychanalytiques et symboliques. Le scénario, et c’est là sa plus grande référence à Hitchcock, n’est qu’une variation sur le complexe d’Œdipe. Comme souvent chez Argento, la terreur et la clef du mystère se trouvent au cœur de la famille et de l’enfance. Si la danseuse malaxe des éléments visuels et gestuels du film, mettant au passage certains personnages secondaires en lumière, elle joue aussi sur le décalage et l’humour dont le film regorge, et qui le placent parfois à la limite du Grand-Guignol.

Par leur présence conjointe, ces éléments créent des espaces visuels et sonores où poétique et politique s’entrechoquent, et qui, à travers un portrait engagé de l’Italie de 1975, nous parlent des contradictions et des peurs de nos sociétés modernes.

Pour un descriptif et quelques images du film : http://jmlsite.free.fr/profondoross...

Haut de Page